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Quête d'éternité (Filles de lune #4)  - Elisabeth Tremblay

Relecture presque finie, je vais pouvoir lire le dernier tome.

 

 

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16/06/2012

Bon, l'été a fait son apparition dans nos lointaine contrées!

Et j'ai perdu le contrôle de ma PAL alors que je n'achète pas de livres.

Cherchez l'erreur... :D

 

 

 

 

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Classiques d'hier

Samedi 15 novembre 6 15 /11 /Nov 00:02

Femmes et filles – Elizabeth Gaskell

(Wives and daughters)
 

4è de couverture

Ce roman d'amour sur fond de scandales et d'intrigues se déroule dans l'Angleterre rurale de la fin des années 1820. Il met en scène Molly, la fille rebelle d'un médecin de campagne, les aristocrates locaux qui, depuis l'imposant château de Cumnor Towers, règnent en maîtres absolus sur ce coin perdu des Midlands, les notables, les domestiques, les paysans, les animaux mais c'est avant tout la nature humaine dans la toute-puissance de ses pulsions et de ses désirs si impitoyablement réprimés par la société victorienne qu'Elizabeth Gaskell place au centre de la trame. Avec un art de la subversion qui lui est propre et une sensualité envoûtante elle nous transporte dans un univers bruissant de robes en taffetas et de commérages meurtriers, de hennissements de chevaux et de soupirs d'amour, où les femmes et les hommes sont aux prises avec l'ordinaire mystère de la vie. « Il s'agit de l'amour, comment il apparaît, comment il grandit, comment il peut briser nos cœurs ou nous rendre heureux ; il s'agit des erreurs que nous faisons et des secrets que nous devons garder... » La délicatesse de son ton et sa subtilité psychologique élèvent Elizabeth Gaskell au rang des plus grands écrivains et - malgré le siècle qui nous sépare - nous rendent son œuvre d'une intime proximité.

Elizabeth Gaskell, surnommée « Shéhérazade » par son grand ami Charles Dickens, naît à Londres en 1810. Mère de six enfants, elle trouve néanmoins le temps d'écrire des romans qui rencontrent immédiatement le succès : Mary Barton (1848), Cranford (1853), North and South (1854). Sa production littéraire importante, d'une qualité qui ne faiblit jamais, porte un regard aigu et sans concession sur la société de son époque pétrie de conventions et d'hypocrisie, elle ne craint pas d'aborder les sujets sociaux les plus brûlants, notamment la question des filles-mères dans Ruth (1853) ; à la demande du père de sa plus chère amie, Charlotte Brontë, elle écrit la biographie de cette dernière en 1857 ; puis Sylvia's Lovers (1863) ; Cousin Phillis (1863-1864). Et enfin son dernier livre, sans doute le plus attachant, Femmes et Filles (1864-1866) qui vient d'être porté à l'écran.

 

Je ne sais pas tellement ce que je vais pouvoir ajouter de plus à ce que dit la 4è de couverture, avec laquelle je suis entièrement d’accord. J’ai vraiment, réellement, complètement adoré ce roman. Déjà, c’est un pavé et j’adooooore les pavés. J’adore me perdre dans un livre jusqu’à en oublier qui je suis, où je suis, dans quelle époque je vis. J’adore vivre pendant des centaines de pages avec les mêmes personnages, dans les mêmes maisons, vivre leurs aventures, rire ou pleurer avec eux. C’est une des raisons notamment pour lesquelles j’aime les séries et sagas, car je suis plutôt du gente à me gaver de tout, presque jusqu’à l’écœurement... mais je m’égare. Revenons à nos moutons.

 

J’ai lu ce roman il y a plusieurs semaines et c’est donc à partir de mes notes de lecture que je rédige ce billet. J’avais envie d’être un peu en phase avec Lou et Cryssilda, pour le Victorian Christmas Swap.

 

Ce roman est une pure merveille. Il m’a divertie au plus haut point et je ne me suis pas ennuyée une seule minute. La triste nouvelle, c’est que c’est le tout dernier roman qu’Elizabeth Gaskell a écrit et elle n’a pas pu le terminer. Je ne connaissais pas ce fait avant de commencer à lire le livre et j’ai été surprise en arrivant à la dernière page et à la note de l’éditeur. L’histoire se termine donc de manière très abrupte. Les lecteurs imagineront leur propre fin. Ils peuvent accepter la fin proposée sous forme de résumé par l’éditeur, ou élaborer eux-mêmes les aventures qu’ils souhaitent faire vivre aux protagonistes…

 

Ce roman, comme beaucoup d’autres de l’époque, était publié sous forme de feuilleton. Elizabeth Gaskell devait donc s’assurer de la fidélité de son lectorat d’une semaine sur l’autre. Elle s’est donc mise en quatre pour trouver des rebondissements et des accroches à chaque chapitre. Il s’ensuit que le lecteur suit avec avidité les aventures de Molly et de son père, qui, bien qu’elles ne soient pas si palpitantes que cela, ce n’est pas non plus un roman policier, n’en sont pas moins fort divertissantes. La peinture de la société que fait Elizabeth Gaskell est extraordinaire de réalisme, elle dépeint tout à fait la vie à cette époque, dans son quotidien le plus prosaïque. Et l’auteur n’hésite pas à montrer les petits travers des gens, qui n’aiment rien tant que cancaner à qui mieux mieux, raconter des histoires pour se rendre intéressants ou chercher à attirer l’attention des grands du monde… C’est également sans hésitation qu’elle se moque ouvertement de ses personnages en dévoilant des personnalités ridicules ou empruntées. Et c’est raconté avec un tel humour ! Chaque paragraphe recèle des perles de sarcasme. J’ai adoré sa dérision, le ridicule dont elle affuble Mrs Gibson, et même Cynthia Kirkpatrick. Je me sens vraiment attirée par ce style qui, sous couvert de phrases sérieuses, se moque ouvertement du personnage et par lui de la vraie société.

J’ai également aimé les héros principaux, Molly et Roger, tous deux d’une droiture et d’une honnêteté qui laisse rêveur et qui finissent toujours par être floués par les autres, moins droits et moins honnêtes qu’eux. Mr Gibson, le père de Molly, m’a également bien plu, en dépit de son attitude un peu dépassée et vieillotte quelquefois (on lui pardonne, c’était l’époque qui voulait ça).

 

Une autre chose qui m’a beaucoup plu dans ce roman, ce sont les notes de traduction (pourtant, en général, elles me gênent plus qu’autre chose). J’ai lu le roman en français car il n’était pas disponible en anglais à la bibliothèque et pour une fois, je ne me suis pas sentie importunée par les notes de la traductrice. C’est visiblement quelqu’un qui connaît profondément la culture britannique de cette époque car toutes les notes sont pertinentes et apportent des informations précieuses et des éclaircissements sur des habitudes, des comportements, qui autrement n’auraient pas été compris par le lecteur français.

 

En bref, une critique des mœurs de la société anglaise au 19è, une histoire d’amour à rebondissements, une jeune fille hardie et courageuse, des bals, des convenances, le tout savamment dosé pour aboutir à un roman extraordinaire…

Une belle et grande découverte donc que j’ai faite là et que je compte bien creuser, notamment dans le cadre du Challenge ABC Classique 2009 !!
Par Pimpi - Publié dans : Classiques d'hier
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Mardi 11 novembre 2 11 /11 /Nov 00:41

Pour le meilleur et pour le pire… et pour l’éternité – Louisa May Alcott

(a long fatal love chase)

 

4è de couverture

Au siècle dernier, sur une petite île perdue au large de l’Angleterre, Rosamond Vivian, une jeune fille impétueuse et exaltée, s’éprend au premier regard du ténébreux Phillip Tempest. Cynique et blasé, il la conquiert sans peine et l’épouse. Il lui fait connaître une vie de plaisirs, jusqu’à ce qu’elle découvre la terrible face cachée de son pygmalion. Pour sauver son âme et sa raison, Rosamund n’a d’autre choix qu’une fuite éperdue vers un impossible refuge : elle a réveillé en Phillip Tempest son instinct de chasseur et il traquera cette proie convoitée à travers toute l’Europe. Il doit à tout prix la rattraper et la posséder… pour l’éternité.

 

Il faut l’avouer, ce fut une lecture extrêmement plaisante. J’aime vraiment beaucoup le style de la Louisa May Alcott inconnue. Voilà le troisième roman d’elle que je lis (si l’on excepte Little Women, que j’ai lu voilà bien longtemps, avant que Fashion ne me fasse découvrir, par son billet sur les thrillers inconnus de Louisa May Alcott, la face cachée de cette auteure). Après avoir découvert Secret de famille et Derrière le masque, voilà que je me suis attachée à lire Pour le meilleur et pour le pire… et pour l’éternité.

 

Il faut savoir que ce roman est resté longtemps inconnu. Qualifié de trop sensationnel pour les mœurs de l’époque (1866), il avait été refusé par l’éditeur et en conséquence, est resté dans un tiroir toutes ces années. Ce roman a été redécouvert il y a peu grâce à un fervent admirateur du travail de Louisa May Alcott. Pourquoi donc refuser ce roman, vous demandez-vous ? Eh bien, parce que Louisa May Alcott y aborde, à travers son personnage principal, la question de l’indépendance et de la sensualité des femmes, sujet encore tabou à l’époque. En bonne féministe qu’elle était, Louisa May Alcott ne s’était pas arrêtée à cela et avait écrit cette petite merveille. Malheureusement, son éditeur n’était pas du même avis qu’elle et lui a gentiment (bon, là, j’extrapole un peu) refusé la publication de ce feuilleton.

 

Tout d’abord, un mot du rythme. Comme je viens de le dire, ce roman était conçu à l’origine comme un feuilleton. On le sait, le plus difficile, quand on écrit un feuilleton, c’est de garder l’attention des lecteurs d’une semaine sur l’autre. Les auteurs devaient donc faire preuve d’une imagination débordante et trouver un moyen de fidéliser les lecteurs. Quoi de plus naturel que de terminer par des rebondissements et des questions en suspens ? Ainsi, le lecteur, piqué dans sa curiosité, attendait impatiemment la suite. C’est exactement ce qui se passe ici. Chaque chapitre se termine sur un nouveau rebondissement dans l’histoire, ce qui confère au roman un rythme effréné, à l’image de la course-poursuite qu’il raconte, et nous donne envie de savoir ce qui se passe ensuite. L’avantage que nous avons par rapport aux lecteurs de feuilletons du XIXè siècle, c’est que nous avons la chance d’avoir tous les chapitres réunis dans un seul et même volume, ce qui fait que nous sommes tout à fait libres de nous précipiter sur le chapitre suivant pour satisfaire notre curiosité et découvrir le fin mot de l’histoire. Je vous avoue sincèrement qu’à chaque fin de chapitre, je me disais « encore un, juste un » et qu’au final, j’ai terminé le roman en plein milieu de la nuit…

 

Passons maintenant aux personnages. Il faut reconnaître que le roman est extrêmement manichéen. Les méchants y sont très méchants et les gentils y sont vraiment gentils. Phillip Tempest est, de son propre aveu, sans scrupule et sans hésitation, il fait ce que bon lui semble sans se soucier de l’opinion des autres et si, pour arriver à ses fins, il est obligé d’en venir au meurtre, et bien qu’il en soit ainsi. Habitué à être obéi au doigt et à l’œil, il s’est entouré de serviteurs dont la fidélité est à toute épreuve et qui sont prêt à y aller de leur vie pour leur maître. Il sera bien entendu piqué au vif par l’indépendance et la hardiesse dont fait preuve Rosamond, qui, au début du roman, ne souhaite rien plus ardemment que vivre une vie de plaisirs (on peut donc comprendre que ces paroles, placées dans la bouche d’une jeune fille pure et innocente, aient pu choquer l’éditeur). Elle avoue même être prête à vendre son âme au diable pour une année de liberté. Elle ne se doutait pas qu’elle serait prise au mot par Phillip ! Rosamond est une jeune femme à la recherche des plaisirs de la vie mais dotée d’un sens moral assez aigu qui ne la quittera jamais, même dans les moments de désespoir les plus intenses. Elle a conscience de ce qui est bien et de ce qui est mal et c’est la raison pour laquelle, malgré son amour pour lui, elle fuit Tempest dès qu’elle apprend qui il est vraiment.

 

Pour le lecteur, ce couple semble dès le départ assez improbable. Outre les quinze années qui les séparent, on a vite fait de reconnaître le libertin chez Tempest et on s’imagine aisément que dès qu’il sera lassé de jouer avec elle, il se débarrassera de la jeune fille sans plus de considération que cela. Et bien non ! Le lecteur se trompe car au contraire, la jeune fille continue de le surprendre et de piquer sa curiosité, même après un an de mariage. Elle représente un défi pour lui et c’est la raison pour laquelle il la poursuivra sans fin, au bout du monde, jusqu’à ce qu’il atteigne son but, la posséder à jamais…

 

C’est un roman qui avait vraiment tout pour me plaire, dès le départ : une jeune fille innocente et forte tête, par un vil séducteur, une rébellion qui se termine par une chasse à l’homme (ou à la femme, devrais-je) à travers toute l’Europe, une période historique qui me passionne en ce moment… Et je n’ai pas été le moindrement déçue. J’ai réellement aimé ce roman et je continuerai à découvrir les autres romans de Louisa May Alcott avec plaisir !

Par Pimpi - Publié dans : Classiques d'hier
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Samedi 8 novembre 6 08 /11 /Nov 02:42
Derrière le masque - Louisa May Alcott

Jean Muir est gouvernante. Quand le rideau se lève, la famille Coventry est installée dans le salon à attendre son arrivée. La famille Coventry, c'est Mme Coventry, une femme d'un certain âge, souffrant de maux réels ou imaginaires, Gérald Coventry, héritier du nom et aîné de la famille, Edward Coventry, le fils cadet et Bella Coventry, la petite dernière, celle qui est sensée recevoir les bons soins et l'éducation de Mlle Muir. Il y a également Lucia Beaufort, la cousine, amoureuse de Gérald et, Sir John, l'oncle des jeunes gens et immensément riche. 

Quelques pages plus tard, après avoir entendu Madame se plaindre du retard de la gouvernante et Gérald avouer qu'il déteste les gouvernantes, et après qu'on s'est rendu compte que personne n'a pensé à prévoir une voiture pour conduire Mlle Muir de la gare jusqu'à la propriété de la famille, un coup de sonnette annonce l'arrivée de celle dont il est question depuis le début. Apparaît alors une jeune femme à l'air modeste mais déterminé, pas jolie mais charmante tout de même. Tout le monde s'enquiert de la fatigue de la jeune femme, celle-ci fait une petite démonstration de ses talents au piano et tout à coup, tombe dans les pommes. Panique totale, tout le monde s'affaire autour de la malheureuse. Un verre de vin lui fait reprendre conscience. Alors que Gérald s'étonne d'une manière plus ou moins discrète du talent de Mlle Muir pour susciter les attentions de son entourage, celle-ci lui répond cette phrase pour le moins énigmatique : « La dernière scène sera meilleure que la première. ». Et là, le lecteur est complètement accroché. Encore quelques paragraphes et il ne pourra plus se détacher du livre tant qu'il ne connaitra pas le fin mot de l'histoire. En effet, une fois dans sa chambre, Louisa May Alcott nous décrit un comportement pour le moins surprenant : la jeune femme enlève son déguisement et laisse entrevoir une personnalité calculatrice et assoiffée de vengeance... mais que cherche-t-telle???? 

Louisa May Alcott est plus connue pour son incontournable Les Quatre filles du Dr March (Little women), un roman jeunesse. Ce que l'on sait moins, c'est qu'elle a écrit quantité de nouvelles moins…. gentillettes, sous un pseudonyme, A. M. Barnard. Elle y dévoile sa vraie personnalité, un esprit torturé que, à l'instar de son personnage, elle cachait derrière un masque en société et ne laissait pas voir. Derrière le masque (Behind a mask), nouvelle publiée en 1866, soit deux ans avant Little Women, est la plus connue de ces nouvelles noires et pleines d'amertume, et la plus intéressante à mon sens. On y voit une jeune femme prête à tout pour sortir de la pauvreté et qui n'hésite pas à manipuler les gens pour parvenir à ses fins. Par les gens, comprenez les hommes... car à cette époque, assurer son avenir impliquait d'épouser une fortune. Le but de la jeune Mlle Muir, qui n'est pas plus gouvernante que vous et moi, comme on le comprend très vite, est de s'attirer les sympathies des hommes de la maison et épouser le plus riche. Dès son arrivée, elle a vite fait de jauger les caractères des messieurs en question et comprend tout de suite comment les atteindre là où ça fait mal. Elle va donc déployer des trésors de patience pour supporter tout le beau monde qui l'entoure et parvenir à ses fins.... 

Franchement, je dois reconnaître que cette lecture a été un vrai plaisir. Je ne connaissais pas cette face cachée de Louisa May Alcott, mais j'ai énormément apprécié de la découvrir. Cette nouvelle se situe dans la droite lignée des romans de W. Wilkie Collins, que j'aime beaucoup. Ce qui est le plus intéressant, c'est que malgré toutes les manigances et malgré toutes les entourloupes de Jean Muir, on ne parvient pas à la détester réellement et par opposition, les « gentils » de l'histoire n'apparaissent pas si sympathiques que cela. Bourrés d'orgueil et de préjugés, certains considèrent Jean Muir comme une domestique jusqu'à ce qu'ils apprennent qu'elle est la fille d'une femme de leur rang. Et là, leur comportement change du tout au tout et ils se mettent à la traiter en égale. Si c'est pas de l'hypocrisie, ça... bref, Louisa May Alcott se plait à nous dépeindre une bourgeoisie complètement futile et superficielle qui, au final, ne nous est pas si aimable que cela et on ne peut pas tellement les plaindre du sort qui leur échoit...  

Notez qu'un recueil des certaines des nouvelles de Louisa May Alcott est disponible en anglais: Behind the Mask: the unknown thrillers of Louisa May Alcott. À lire absolument!!! Autrement, la nouvelle Derrière le masque est disponible seule, ainsi que Secret de famille aux éditions Interférence. 

Par Pimpi - Publié dans : Classiques d'hier
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Dimanche 2 novembre 7 02 /11 /Nov 22:25
W. Wilkie Collins, La Dame en blanc (ceci est le billet que j'avais publié sur le Biblioblog de Laurence il y a quelques mois)

C'est l'histoire d'une manipulation machiavélique, d'un complot ignoble dans l’Angleterre victorienne, mais aussi du combat d’une femme pour conserver ses droits. Walter Hartright est un jeune professeur de dessin sans emploi qui, par un (heureux ?) hasard se voit proposer un emploi chez un particulier, M. Fairlie, pour enseigner le dessin aux deux pupilles de ce dernier. Il quitte donc le domicile familial pour se rendre à Limmeridge House et quelques temps après son départ, en plein milieu de la nuit, il se retrouve nez à nez avec une femme pour le moins étrange, entièrement vêtue de blanc. Ses propos sont incompréhensible, dénués de sens. Elle semble échappée d’un asile…. Intrigué, il tente d’apporter son aide à la jeune femme, puis, son devoir fait, poursuit sa route et finit par oublier cette étrange apparition, jusqu’à son arrivée chez M. Fairlie et sa rencontre avec ses deux jeunes élèves, Marian Halcombe et Laura Fairlie. En apercevant cette dernière, il se rend compte à sa grande stupeur qu’elle ressemble étrangement à la mystérieuse Dame en blanc…

Quel sera donc le destin de notre cher professeur de dessin, preux défenseur de ses dames ? Quel mystère entoure cette Dame en blanc aux paroles si étranges ? Que cachent Sir Percival Glyde et le Comte Fosco ?

 

J’ai voulu découvrir cet auteur sur les conseils d’une amie qui, connaissant mes goûts littéraires, était sûre qu’il me plairait…. Et elle n’avait pas tort car avec La Dame en Blanc, j’ai découvert un roman absolument époustouflant. Dès les premières pages, j’ai été conquise par le style, emballée par l’intrigue, fascinée par les personnages.

 

Il faut savoir que ce roman, écrit en 1859 et publié sous forme de roman en 1860, est considéré comme l’ancêtre des polars et romans policiers. Wilkie Collins a choisi une écriture à plusieurs voix pour sa narration, sur le principe d’un rapport d’enquête. Dès le début du roman, le lecteur est prévenu que ce qu’il va lire sont des témoignages « objectifs », le but étant de procéder à l’examen des faits par le biais de témoignages écrits et formels et non de ouï-dire. Le lecteur est donc comme mis à la place d’un juge, dont le devoir est d’écouter chacun sans préjugés. Il  se retrouve donc à lire les « minutes » d’un procès qui n’a pas eu (et n’aura jamais) lieu, des témoignages écrits par les différents protagonistes et rangés dans l’ordre chronologique des événements. Ce procédé d’écriture (qu’il reprend également dans Pierre de Lune, son autre roman phare) est assez inhabituel pour l’époque, assez novateur, et il permet au lecteur d’entrer dans la tête de tous les personnages, de voir les événements de leur point de vue, voire de se mettre à leur place. Au début, ce changement régulier de point de vue est assez déstabilisant mais on s’habitue très vite. Au final, je dois avouer que c’est un procédé assez ingénieux et extrêmement efficace.

 

Plusieurs témoignages donc, mais tous extrêmement différents les uns des autres, tant par leur nature (témoignage, journal intime, lettres, etc.) que par leur fiabilité (on a d’un côté les gentils et de l’autre les méchants) et par l’importance du protagoniste dans l’intrigue (personnage principal, personnage secondaire, témoin indirect, domestique, etc.). Et là où le roman devient réellement diabolique, à mon sens, c’est que le lecteur, à mesure qu’il prend connaissance de ces différents témoignages, peut recouper petit à petit les événements et percer à jour la vraie personnalité des protagonistes et par conséquent, il sait exactement et très rapidement qui sont les gentils et qui sont les méchants, quels sont les personnages fiables et quels ceux dont il faut se méfier. Il voit très clair au travers des différents témoignages des « méchants ». Et pourtant, il ne peut rien faire, ce malheureux lecteur, écœuré par tant de machiavélisme, par tant de sournoiserie (écœuré, mais fasciné en même temps par l’ingéniosité dont ils font preuve, ces méchants). Simple spectateur, il ne peut pas entrer dans le livre pour sortir les ignorants et les crédules de leur ignorance, leur dire d’ouvrir les yeux, de ne pas laisser ces manipulateurs parvenir à leurs fins. Diabolique, non ! J’ai manqué de hurler de frustration devant mon impuissance au moins une dizaine de fois…. Tout en dévorant le roman tellement j’étais prise dans l’histoire !

 

Bon, il n’y a pas que l’intrigue qui est excellente : j’ai adoré les personnages du roman. J’ai trouvé qu’ils étaient très finement dessinés, même si les deux protagonistes principaux semblent un tout petit peu caricaturaux : Walter Hartright se pose en sauveur de ces dames et Laura Fairlie est fragile et charmante à souhait. Mais mon personnage préféré, c’est Marian Halcombe, une femme de peu de charme mais pleine de passion, d'une intelligence et d'une vivacité remarquable, d’un modernisme et d’une énergie à couper le souffle, d’une volonté de fer ; c’est une femme qui s'évertue à protéger sa demi-sœur envers et contre tout et tous et qui refuse de se taire, malgré son statut de femme (on le sait, la femme n’avait pas grande valeur à l’époque et son opinion ne comptait pas le moins du monde)… Et son pendant, le comte Fosco, un homme retors et manipulateur, extrêmement cultivé et très amateur de pâtisseries, au génie à la fois fascinant et horripilant. Sans oublier M. Fairlie, un hypocondriaque aux nerfs fragiles… Et la mystérieuse Dame en blanc… Ces personnages, dépeints avec un réalisme saisissant et une finesse psychologique parfaite, permettent à l’auteur de dresser un portrait assez réaliste de la société bourgeoise victorienne, de dénoncer le poids des convenances et pose la question du statut de la femme à cette époque où l’on faisait bien peu cas d’elle.

 

Un petit mot quand même sur le style de l’auteur et la langue délicieusement surannée et désuète (normal, vous me direz, c’est un roman du 19è), mais en même temps vive et alerte. L’auteur fait preuve d’une grande virtuosité en passant d’un style à l’autre en fonction de la personnalité du témoin. Je suis toujours émerveillée par cette faculté qu’ont les écrivains à endosser différentes personnalités et à adopter la manière de parler qui correspond à cette personnalité et dans ce roman, Wilkie Collins fait preuve, à mon sens, d’une extrême agilité avec les mots. N’oublions donc pas de complimenter au passage le traducteur (ou la traductrice, je ne sais pas), un(e) certain(e) L. Lenob, pour son excellent travail, car la traduction littéraire est déjà un exercice très difficile en soi et quand en plus la langue à traduire n’est plus utilisée, comme celle-ci, cela demande beaucoup de compétences et une connaissance très fine de la langue française ! Je tenais que soit rendu à César ce qui est à César…

 

Il est difficile de vraiment en parler sans trop en dévoiler sur l’intrigue. Comme vous l’avez compris, je me suis totalement laissée emportée par l’histoire, si diabolique, j’ai été conquise par les personnages, séduite par la langue. J’ai aimé ce roman, sans restriction, avec tout ce que j’ai dans le cœur et dans la tête. Ce fut mon premier coup de cœur de l'année. Je ne peux vraiment que recommander ce chef d'œuvre qui est à mon avis pas assez connu et admiré à sa juste valeur. Un roman à déguster enfoui(e) dans un confortable fauteuil, avec une grande thermos de thé à portée de main… et prévenez votre entourage que ce n’est pas la peine d’essayer de vous joindre pendant une semaine (ou moins, pour les lecteurs rapides, le roman fait 600 pages), parce que tout contact avec le monde extérieur sera autant de temps que vous ne passerez pas à lire et croyez-moi, je n’ai jamais été aussi asociale que la semaine où j’ai lu ce livre !

Par Pimpi - Publié dans : Classiques d'hier
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