Vera – Elizabeth Von Arnim

Publié le par Pimpi

Le père chéri de Lucy Entwhistle vient de mourir. Elle a vingt-deux ans et est seule au monde. Alors qu’elle s’appuie contre la barrière de son jardin, les yeux dans le vide et malheureuse, elle se trouve dérangée par la présence de Mr Wemyss, lui-même également en deuil. En effet, sa femme est décédée dans des circonstances mystérieuses. Avant que Lucy ne puisse reprendre ses esprits, Mr. Wemyss, quadragénaire, a tout pris en charge : les funérailles, sa chère tante Dot, mais surtout Lucy elle-même, corps et âme…

 

Voilà longtemps que je cherche à lire Vera, chers lecteurs, celles qui l’ont déjà lu et qui ont publié des billets ont fait les frais de ma jalousie sur leur blog (Lilly, Allie, Rory… désolée !!). Finalement, après de vaines recherches dans toutes les librairies de Montréal, francophones ou anglophones, en désespoir de cause, j’ai fini par le commander sur amazon.co.uk… avec les deux saisons suivantes d’un certain Docteur…

 

J’ai donc fini par le lire, chers lecteurs. Karine m’a posé la question qui tue… valait-il de se donner autant de peine ? Après réflexion, je dirais que oui. Oui, parce que c’est un roman qui reste. Un roman si noir, si glacial, pour reprendre les termes d’Allie, qu’on ne peut pas le refermer et rester indemne. C’est la fin qui m’a permis de prendre cette décision…

 

Je préfère vous prévenir tout de suite que parler de Vera sans dévoiler une partie de ce qui constitue la trame du roman est tout bonnement impossible. Je m’en excuse par avance et conseille humblement à tous ceux et toutes celles qui ont l’intention de le lire dans un futur proche de ne pas lire mon billet…

 

Vera est un roman qui fait froid dans le dos. Un roman qui traite de l’emprise d’une personne sur une autre, celle d’un homme sur sa femme en l’occurrence.

 

Lorsque le roman s’ouvre, Lucy, l’héroïne, une charmante jeune fille d’une vingtaine d’année, est en grand deuil. Elle vient de perdre son père. Pourtant, elle semble plus abattue que réellement malheureuse, comme si elle ne réalisait pas bien… alors qu’elle est devant sa maison, les yeux perdus dans le vide, son chemin croise celui d’Everard Wemyss, un homme qui a deux fois son âge. Je dois vous avouer que je l’ai détesté dès son apparition, cet homme… Wemyss vient également de perdre sa femme, Vera, dans des circonstances tragiques. Meurtris tous les deux, Lucy et Wemyss se rapprochent aussitôt l’un de l’autre et tombent amoureux. En fait, Wemyss tombe amoureux. Lucy, elle, voit plutôt en Wemyss un substitut de son père. Il s’occupe d’elle, il la prend en charge, il organise les funérailles… ce n’est que plus tard, quand Wemyss est obligé de s’éloigner quelques temps, que Lucy tombe amoureuses de lui. Ou plutôt, des lettres qu’il lui écrit. Impatient, Wemyss veut tout de suite épouser Lucy et parvient à convaincre la jeune fille de s’enfuir avec lui, de cacher leur petit secret à sa tante qu’elle adore, Mrs Entwhistle. Mrs Entwhistle peut paraître désagréable, mais je l’ai bien aimée, dès le début. Je ne sais pas pourquoi, mais je lui faisais plus confiance qu’à Wemyss, qui m’inspirait un dégoût profond. J’avais l’impression que je pouvais lui faire confiance, à cette chère tante Dot, qu’elle protègerait Lucy…

 

Lucy est une petite chose qu’on a envie de protéger. Elle semble si fragile, si démunie… C’est un personnage que j’ai beaucoup aimé !!

Wemyss, quant à lui, est absolument insupportable. Il apparaît rapidement comme égoïste, dans le roman, mais comme Lucy, on n’y prête pas plus attention que cela. Il nous énerve, mais on finit par lui passer et oublier. C’est une fois que le mariage a été célébré que la personnalité de Wemyss se révèle au grand jour. Cet homme est un tyran ! Un dictateur ! Il fait tourner le monde autour de son nombril et attend des autres qu’ils le considèrent comme une priorité ultime. Il exige que ses moindres désirs soient satisfaits et fait une véritable fixation sur son anniversaire. On pourrait presque croire qu’il se prend pour le Messie ! Croyez-moi, chers lecteurs, une personnalité pareille, c’est à lui donner des baffes à longueur de journée ! Lucy a le malheur de sortir de la pièce et de la maison, horrifiée par sa manière de traiter une servante qui a eu le malheur de lui déplaire ? Il l’enferme dehors, verrouille la maison à double tour et la laisse se faire tremper un temps incalculable ! Quand enfin elle parvient à entrer dans la maison, il boude parce qu’elle a gâché son anniversaire, refuse de la voir, puis lui reproche d’être désobéissante. La pauvre attrape un coup de froid, ce qui s’avère être le comble de l’outrage ! Imaginez-vous qu’elle doit garder le lit (ce qu’il juge être un caprice d’enfant… n’a-t-il pas fait clairement comprendre quelle devait être prête à prendre le train à 9h pétantes ?) et ne peut pas l’accompagner à Londres ! C’est quasiment un crime de lèse-majesté !!! Et je ne vous dis pas tout ! Wemyss va jusqu’à chronométrer le temps qu’il faut aux servants pour faire un trajet donné et ainsi être prêt à remonter les bretelles à quiconque met 10 secondes de plus à répondre à la sonnerie persistante par laquelle il fait savoir qu’il désire qu’il ou elle vienne !!! C’est un personnage parfaitement insupportable !!!!

 

En plus, je le trouve à la limite du malsain… il appelle tout le temps Lucy sa « petite fille »… je trouve ça très malsain, pour ma part !

 

Face à lui, à sa tyrannie, Lucy, qui ne le connaît pas encore bien, continue de croire qu’il l’aime. Elle essaie de deviner la manière dont il va réagir mais comme elle est assez spontanée, il lui arrive souvent de dire des choses qui contrarient beaucoup Everard. Elle finit par ne plus rien dire, simplement acquiescer à tout ce qu’il dit, jusqu’à s’extasier suffisamment fort devant la maison de Wemyss.

 

Et Véra dans tout cela ? Véra est l’ancienne femme d’Everard. Décédée dans un accident tragique (elle est tombée d’une fenêtre). Mais était-ce vraiment un accident ? J’avoue qu’à la lumière du roman, je n’y crois pas… Au début, Lucy a un peu de mal à accepter de dormir dans la chambre ou Véra dormait et à vivre dans la pièce qui fut le théâtre de la mort de la pauvre femme. Mais petit à petit, à mesure que l’influence de Wemyss devient de plus en plus néfaste, qu’il lui sape le moral et la santé, elle trouve refuge auprès du souvenir de Véra. Comme si Véra lui donnait la force de continuer, de supporter, de vivre, tout simplement.

 

Et cette fin… en fait, ce n’est pas une fin. On a un vague espoir à un moment que la situation s’arrange pour Lucy grâce à l’intervention de sa tante, mais la pauvre se fait jeter dehors comme une malpropre quand elle ose s’opposer à Everard… et Lucy est laissée à son propre sort, entre les mains de l’ignoble Everard…

 

 

En bref, chers lecteurs, un roman formidablement noir et formidablement intéressant. Il m’a fait froid dans le dos et plus d’une fois, j’aurais hurlé d’impuissance face aux situations auxquelles je ne pouvais rien. Ici, pas de happy end. Pas de rose bonbon. Pas de guimauve. Mais une maîtrise de la psychologie époustouflante, un art consommé de la narration et une histoire qui fait froid dans le dos… un roman qu’on n’oublie pas, assurément !

 

Titre original : Vera

Traduction : Véra

Elizabeth Von Arnim

Virago Modern Classics

336 pages

4 /5

Publié dans Littérature d'hier

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Karine:) 29/06/2009 16:44

Je l'ai cherché dans 25 bouquineries d'Angleterre... sans mettre la main dessus!  C'est terrible!!!  Bon, va falloir me résigner à chercher encore! :))  Parce que je veux le lire!!

Pimpi 01/07/2009 03:23


Mince!!! Il doit encore être dispo sur a****.co.uk, je pense. Ici, je ne suis pas sûre du tout !!!


Ofelia 12/06/2009 20:39

Non, mon blog a déménagé

Pimpi 13/06/2009 17:10


OK, j'ai fait le changement dans mon GoogleReader!!


Ofelia 11/06/2009 23:11

J'ai déménagé :)

Pimpi 12/06/2009 03:19


Génial ! Comment tu te sens ????


Allie 10/06/2009 23:19

Je suis contente de lire ton billet :) C'est dur de parler de se roman sans rien dévoiler de l'intrigue! Sinon on n'arrive pas à en parler!Comme Lilly au début je me suis littéralement fait avoir par Wemyss et par la tante... jusqu'à ce que les choses s'inversent...

Pimpi 11/06/2009 19:04


Oui, je n'ai pas réussi à parler du roman sans tout dire...

C'est marrant que vous ayiez toutes les deux trouvé Wemyss bien comme il faut! Je ne suis pourtant pas des plus perspicaces en temps ordinaire... mais là, je l'ai détesté dès le début!!!


Isil 10/06/2009 13:32

Je n'ai lu que le début et la fin du billet et tu as réussi à me donner envie de le lire.

Pimpi 10/06/2009 22:02


Tu as eu raison de ne lire que le début et la fin!!! Tu devrais aimer, je pense...