Sense and Sensibility – Jane Austen

Publié le par Pimpi

Sense and Sensibility (Raison et sentiments en français) est le premier roman écrit par Jane Austen. Il a été publié en 1811 sous le pseudonyme de A Lady.

 

Il s’agit également d’un des romans les plus connus de Jane Austen et un de ceux que j’aime le plus. Le plus paradoxal dans l’histoire, c’est que bien que Sense and Sensibility soit mon préféré, je me retrouve aujourd’hui, après cette énième relecture, dans l’incapacité totale d’en parler comme je le souhaiterais. Cela fait plus d’une semaine que j’ai terminé de lire le livre et je suis toujours sur la rédaction de mon billet…

 

Sense and sensibility est le roman par lequel j’ai découvert Jane Austen il y a de cela presque 10 ans maintenant et je l’ai relu à plusieurs reprises, toujours avec le même plaisir (et cette fois encore, ce fut le cas, n’ayez crainte !!). On dit que chaque lecture d’un roman de Jane Austen nous fait découvrir un nouvel aspect du roman, que l’on perçoit ses romans différemment à chaque fois. Hum… euh, là, ce fut le cas, et pas qu’un peu ! J’ai remarqué que j’avais des réactions vraiment weird depuis quelques temps (par rapport aux livres que je lis, entendons-nous bien, n’allez pas imaginer des choses !)… Là, pour le coup, j’ai même été carrément surprise ! Alors forcément, mon billet ne sera pas ce que j’avais prévu à l’origine… veuillez accepter par avance mes plus plates excuses.

 

Bon, essayons quand même de faire quelque chose d’à peu près potable…

 

Elinor et Marianne Dashwood sont deux soeurs. Différentes, très différentes, l’on pourrait même dire à l’opposé l’une de l’autre mais tendrement attachées l’une à l’autre. Elinor a 19 ans, elle est réservée, prudente et toujours très maîtresse d’elle-même. Elle est l’incarnation de la raison. Marianne a 17 ans, elle est passionnée, imprudente et entière. Elle incarne les sentiments.

Lorsque commence l’histoire, Marianne et Elinor vivent heureuses avec leurs parents et leur jeune sœur, Margaret, à Norland. Le décès de leur père, qui survient dès la première page, va changer radicalement le cours de leur vie. Car non seulement elles perdent un parent, ce qui est déjà une expérience douloureuse en soi, mais elles se retrouvent en même temps privées de tous leurs biens, démunies et sans argent. En effet, la loi veut que ce soit le fils aîné qui hérite des biens immobiliers du père, en aucune façon les filles. Le fils aîné, c’est John Dashwood, né d’un premier mariage. S’il n’y avait eu que lui, les choses se seraient sûrement passées autrement, mais Johnny a eu la bonne idée d’épouser Fanny, une femme des plus avares et des plus détestables. Elle va le pousser à prendre possession de ce qui lui revient de droit, immédiatement et en totalité. C’est ainsi que malgré la promesse faite à son père sur son lit de mort de s’occuper (financièrement, s’entend) de ses sœurs et de sa belle-mère, John, arguant des problèmes d’argent, prend très rapidement possession de Norland. Aussitôt, Fanny, sans aller jusqu’à mettre sa belle-famille dehors à proprement parler, leur fait clairement comprendre qu’il serait temps de se trouver rapidement un autre lieu de résidence. Mrs Dashwood se voit alors contrainte de chercher une nouvelle demeure, ce qui n’est pas chose aisée quand on n’a que 500 livres par an.

 

Peu de temps après leur arrivée à Norland, les époux Dashwood reçoivent la visite d’Edward Ferrars, un des deux frères de Fanny. Une jeune homme posé et très raisonnable, peu enclin aux grands emportements (et un peu mou, même, je dirais…) et très aimable. Avec toutes ces qualités, Edward a vite fait de s’attacher l’affection de toute la famille et notamment celle d’Elinor, qui devient vite très amoureuse de lui. Fanny, qui s’aperçoit aussitôt des sentiments naissant entre les deux jeunes gens, s’empresse de faire connaître son mécontentement et son désaccord à Mrs Dashwood, arguant que jamais Edward n’aura l’autorisation de se marier en dessous de son rang. Ces paroles cruelles et le ton employé par Fanny font mouche et incitent aussitôt Mrs Dashwood à accélérer son départ de Norland. Coïncidence (heureuse ?), un cousin de Mrs Dashwood, Sir John Middleton, vient de leur offrir d’habiter Barton Cottage, situé sur son domaine de Barton Park, pour un loyer des plus modestes. Aussitôt dit, aussitôt fait, les quatre Dashwood quittent Norland le cœur gros et les larmes aux yeux pour rejoindre Barton Cottage.

 

Là, elles font la connaissance de Sir John Middleton et de sa femme, Lady Middleton, de Mrs Jennings, mère de Lady Middleton, une incroyable cancanneuse qui, ayant marié ses filles, n’aime rien autant que de chercher à marier les filles des autres. Elles font également la connaissance du Colonel Brandon, excellent homme, cultivé, secret.

 

Rapidement, il devient clair aux yeux de tous que le Colonel est sous le charme de la jeune Marianne, qui le trouve a) trop vieux, b) malade (il s’est plaint une fois de rhumatismes) et c) ayant déjà connu l’amour, il est impensable qu’il puisse aimer et être aimé de nouveau. Car Marianne, du haut de ses 17 ans, persuadée d’avoir une expérience approfondie de la vie et sûre de ne plus jamais changer d’avis, ne croit pas que l’on puisse aimer et être aimé deux fois. Malheureusement, toutes ses certitudes vont être remises en question lorsqu’elle rencontrera le fougueux John Willoughby (tous les hommes s’appellent-ils donc John ?). Jeune et fringant, passionné comme elle, il tombe vite amoureux d’elle et elle de lui. Mais Willoughby n’est pas ce qu’il semble être et lorsque la vérité se fait connaître, il se voit contraint de dire adieu à Marianne pour épouser une certaine Miss Grey dont le principal (et unique) charme est de disposer de 50 000 livres. Désespérée, Marianne semble ne pas pouvoir s’en remettre. Au même moment, les fiançailles secrètes entre Edward et Lucy Steele, une cousine de Mrs Jennings que les jeunes filles ont rencontrées quelques semaines auparavant, sont révélées au grand jour. Elinor, qui avait été bien malgré elle la confidente de Miss Steele depuis leur rencontre, parvient à contenir son désespoir, avec grand mal…

 

Au final et après quelques autres péripéties (dont la maladie de Marianne qui manque de peu de lui être fatale), Elinor finira par épouser Edward, qui, déshérité, a vu Miss Steele lui préférer son frère, Robert. Marianne, quant à elle, épousera le Colonel Brandon. Bien que basée au départ sur le respect et la gratitude qu’elle ressent pour le Colonel, cette union finira par lui faire aimer d’un amour sincère celui qu’elle avait au départ rejeté avec dédain…

 

J’étais sûre avant de relire le roman que j’aurais beeeeeaucoup de choses à dire, eu égard au fait que ce roman est sans doute aucun mon préféré de Jane Austen (à égalité avec Persuasion…). C’est donc pleine d’enthousiasme que j’ai entamé la relecture du roman, me délectant à l’avance de relire certains passages.

 

Eh bien cette fois, contre toute attente et alors que rien ne laisser présupposer de cela, la lecture de Sense and sensibility m’a remplie d’une sorte de tristesse qui m’étonne encore. Car voyez-vous, je me suis rendue compte que le happy end avait quand même un goût assez amer, quand on y regarde bien. Marianne a dû revoir complètement sa manière d’aborder la vie. Adieu, emportements passionnés, opinions tranchées et grands sentiments. Elle qui refusait les compromis, elle va devoir faire le plus gros de sa vie et renoncer à vivre une vie de passion pour mener une vie raisonnable. Elle devient raisonnable, posée et ne se laisse plus aller à ses émotions, qu’elle apprend à maîtriser. Elle consacre ses journées à son devoir de maîtresse du domaine et à l’étude. Et je ne sais pas pourquoi, mais je n’avais pas réalisé jusqu’à aujourd’hui à quel point c’était triste !!! J’ai eu l’impression de ne retenir de cette lecture que les déceptions, la souffrance de l’abandon, l’humiliation, les remarques désobligeantes, la douleur d’être séparée de celui qu’on aime… pas vraiment fun, me direz-vous… oui, c’est sûr, mais je vous l’ai dit, j’ai des réactions très bizarres en ce moment alors j’ai adoré… toutes ces émotions qui m’ont envahies ! Même si ce n’étaient pas des émotions joyeuses, j’aime ça quand un livre provoque des réactions aussi fortes chez moi !

 

Il y a un passage notamment qui m’a beaucoup émue lors de cette relecture, c’est lorsqu’Elinor fait comprendre à Marianne la profondeur de son amour pour Edward et combien elle a souffert de devoir endurer les confidences de Lucy, après que les fiancailles secrètes d’Edward ont été dévoilées. Marianne ne semblait pas convaincue au départ et la réaction d’Elinor est une une des rares expressions de passion de sa part. J’adore ce passage, tellement chargé en émotions, tellement fort ! Marianne étant tout le temps passionnée, ses débordements sont moins impressionnants et c’est son discours de la fin, quand elle explique à Marianne que dorénavant, elle va calquer sa conduite sur la sienne et devenir raisonnable, qui me touche beaucoup également.

 

Mais je ne voudrais quand même pas donner l’impression que Sense and Sensibility est un roman triste. Loin s’en faut ! Comme tous les romans de Jane Austen, il contient sa part de tristesse, mais à côté de cela, il ne manque réellement pas d’humour. On y retrouve ce coup de plume inimitable, cette peinture satirique de la société que j’aime tant dans les descriptions des Misses Steeles et de Mrs Jennings, notamment, ou encore de Fanny (que je déteste littéralement) et John Dashwood et aussi de Robert Ferrars. Quand on pense en plus que c’était son premier roman, on ne peut s’empêcher d’être ébahis par le talent incontestable dont elle fait preuve.

 

Ce que j’essaie de dire, c’est que cette relecture m’a remplie de tout un tas d'émotions et que j’aime ça. Mais comme je ne m’en suis pas encore complètement remise et que je peine vraiment à écrire mon billet, je n’ajouterai qu’une seule chose : (re)lisez-le…

 

On peut lire dans certains ouvrages sur les œuvres de Jane Austen le titre Le cœur et la raison – je sais maintenant que c’est le titre choisi pour la traduction de 1948 de Sense and sensibility [pour la référence, c’est ]

 

Publié dans Autour de Jane Austen

Commenter cet article

virginie 29/11/2008

C'est drôle, je viens de commencer la relecture de Raison et sentiments (en français, parce que c'est ce que j'avais dans ma bibliothèque). Je n'ai pas lu ton billet du coup, en revanche je crois que je vais aller me l'acheter en anglais. Tu m'as donné envie !

virginie 29/11/2008

Eh bien voilà ! Le temps que tu répondes à mon commentaire, je me suis offert Sense and Sensibility en VO. Je me souviens assez bien de l'histoire pour l'avoir lue il y a assez longtemps, mais je suis saisie par la jane austen mania ambiante (sur les blogs, en tous cas) et me sens l'envie de relire son oeuvre.

Karine :) 29/11/2008

Je le relirai certainement un jour, celui-là! Mais je vais lire "Persuasion" avant, je pense!!!

maijo 29/11/2008

Ce fut mon premier Austen également, lu et relu plusieurs fois. Et comme pour toi, chaque relecture apporte son lot de nouveauté; on comprend l'histoire en fonction aussi de nos sentiments du moment peut-être. (loin de moi l'idée de dire que tu dois être triste)

Isil 30/11/2008

J'aime aussi beaucoup Raison et sentiment. Je n'ai jamais ressenti de tristesse. Pour moi, abandonner des idéaux intenables (parce que franchement une vie entière avec Willoughby aurait sûrement apporté pas mal de désillusions, une fois qu'ils auraient fait le tour des poètes qu'ils aiment tous les deux), je trouve ça plutôt positif donc je dirais que Marianne devient adulte. Mais c'est vrai qu'à chaque lecture on découvre des détails et de nouveaux aspects qui nous avaient échappés avant.