Persuasion – Jane Austen

Publié le par Pimpi

Persuasion est le dernier roman écrit et terminé par Jane Austen, en 1917. Et c’est une Jane Austen affaiblie et épuisée par la maladie qui a écrit ce magnifique roman. Elle devait en effet décéder peu après. C’est donc à titre posthume que le roman est publié.

Plus court que les autres romans de l’auteure, Persuasion reflète la maturité que Jane, à environ 40 ans, avait acquise. Dans ce roman, point de jeune fille écervelée et passionnée, mais une héroïne de 27 ans, douce et gentille, posée et réfléchie, et célibataire, ce qui, pour l’époque, est assez étrange et fait d’elle une vieille fille. Les années et la souffrance lui ont fait perdre de sa fraîcheur, mais lui ont fait gagner en indépendance et elle n’est plus la jeune fille influençable qu’elle était 8 ans auparavant… mais je m’emballe, commençons par le commencement.

 

La famille Elliot, composée de Sir Walter Elliot et de ses trois filles, Elisabeth, Anne et Mary, Lady Elliot étant passée de vie à trépas quelques années auparavant. Lorsque commence le roman, cette famille somme toute assez typique est au bord de la faillite. Ce problème de l’argent est très récurrent dans les romans de Jane Austen et Persuasion n’échappe pas à la tradition.

 

Mais avant toute chose, laissez-moi vous présenter rapidement les membres de la famille que nous allons suivre tout au long de ces quelques 250 pages (si peu ? oui, si peu…).

Sir Walter Elliot est un baron, père de trois filles. Veuf, il vit à Kellynch Hall avec ses deux filles aînées, Elisabeth et Anne, toutes deux célibataires. Mais là s’arrête la ressemblance entre les deux sœurs. Car si Anne fait attention aux dépenses de la maison et est raisonnable en tout temps, Elisabeth, elle, n’aide absolument pas son père à vivre dans la mesure de ses moyens, le paraître était plus important pour elle que tout le reste. Superficielle, elle se prend d’amitié avec une certaine Mrs Clay, une intrigante, un personnage que je n’aime pas du tout. Mrs Clay cherche par tous les moyens à se faire épouser de Sir Elliot… Mary, ainsi que se prénomme la plus jeune des trois sœur Elliot, a quant à elle épousé Charles Musgrove et s’est installée à proximité du domaine de son père. Mary est une hypocondriaque finie. Son passe-temps favori est de feindre des maladies qu’elle n’a pas et chercher à être le centre de l’attention de tout le monde, elle est excessivement exaspérante et égoïste.

 

Enfin, Anne. La cadette des trois sœurs. C’est le personnage principal du roman. D’après Lady Russel, l’amie de la famille, qui fait un peu office de mère à Anne depuis le décès de Lady Elliot, Anne est le portrait craché de sa mère. C’est une femme raisonnable, douce et gentille, très attentive au bonheur des autres, désintéressée et très altruiste. Elle n’est pas sans défaut, certes, et le plus grand est d’avoir été trop influençable, quelques années auparavant, mais elle a plus de qualités que de défaut, comme toute bonne héroïne qui se respecte. Toutefois, les qualités susnommées restent méconnues de sa propre famille. Considérée comme quantité négligeable par sa sœur ainée et par son père, utilisée sans vergogne par sa jeune sœur, son opinion ne compte jamais. Son père dit d’elle que sa beauté est fanée…

Mais pourquoi fanée ?? Parce que huit ans auparavant, Anne était tombée follement amoureuse d’un officier de la marine (un simple officier de la marine, devrais-je dire). Cet amour était complètement réciproque et Frederick Wentworth, ainsi que s’appelait le jeune homme, lui demanda sa main. Seulement voilà, il y avait Lady Russel. Lady Russel avait déjà à l’époque une très grande influence sur Anne. Et Lady Russell, qui a tendance à accorder une importance prépondérante au statut social des jeunes gens quand vient le moment de les juger dignes ou non d’intérêt, estimait que ce mariage n’était pas à l’avantage d’Anne, qu’il valait mieux pour elle ne pas épouser un jeune homme certes ambitieux, mais sans fortune, sans grade et sans relation. Très influençable à cette époque, Anne s’est laissé persuader de refuser Frederick (d’où le titre Persuasion). Cette décision a été très difficile à prendre, mais Anne pensait qu’elle faisait son devoir en refusant ce mariage qu’on lui déconseillait si vivement. Elle ne s’en est jamais remise. Son cœur a longtemps saigné et elle a perdu de sa beauté… 8 ans plus tard, alors que Frederick Wentworth réapparaît dans sa vie, avec fortune et relations, elle avait perdu tout espoir…

Bon, reprenons le fil de l’histoire.

Depuis le décès de son épouse, Sir Elliot vit largement au-dessus de ses moyens. Au début du roman, donc, Sir Elliot est au bord de la faillite. Pour continuer de subvenir à ses besoins, il n’a d’autre choix que de louer Kellynch Hall et de s’installer ailleurs. Son choix se fixe sur Bath, au grand désespoir d’Anne, qui aurait aimé rester dans le pays où elle a grandi et qu’elle aime tellement. Sir Walter Elliot se met donc à la recherche de locataires, qu’il finit par trouver en la personne de l’amiral Croft et de son épouse. Coïncidence, cet amiral se révèle être le beau-frère du capitaine Frederick Wentworth… Anne est très troublée de revoir Frédérick, mais le jeune homme ne semble ne pas lui avoir pardonné sa décision huit ans auparavant...

 

Après plusieurs péripéties, dont une porte le nom de Louisa Musgrove (oui, il s’agit de la sœur de Charles Musgrove), un accident qui aurait pu être fatal, des discussions à voix basses et la plus belle déclaration qu’il m’ait été donné de lire, Anne et Frederick finissent par reconnaître que leur amour est aussi fort, voire plus fort qu’avant. Anne, libre et désormais maîtresse de ses propres décisions, accepte avec une joie intense d’épouser son beau capitaine…

 

Troisième roman dans ma relecture de Jane Austen, Persuasion est sûrement le roman de Jane Austen le plus fort, le plus bouleversant, le plus beau et le plus romantique. Bien que plus mature dans le style et dans les propos, la satire sociale est toujours là, acerbe et virulente, avec le personnage de Mary, la sœur d’Anne Elliot, un personnage égoïste, égocentrique et très jalouse et celui de Sir Elliot, un père superficiel qui rejette littéralement sa fille.

 

Je ne sais pas si vous pouvez vous représenter à quel point j’aime ce roman ! Je sais que je le dis à chaque livre de Jane Austen que je lis, mais celui-ci a vraiment une place très à part dans mon petit cœur de lectrice romantique. Pourtant, je l’ai découvert assez tard, l’an dernier seulement, mais il a tout de suite rejoint mes coups de cœur. Cette histoire de seconde chance, un amour qui ne meurt pas, que le temps n’amoindrit pas, mais renforce plutôt, une jeune femme qui s’émancipe de l’influence de son mentor, tout dans ce livre me touche au plus haut point. Anne est souvent dénigrée et rejetée par les membres de sa famille, elle est considérée par son père et sa sœur Elisabeth comme une quantité négligeable, une personne dont l’avis ne vaut pas la peine d’être demandé et dont on peut très bien se passer. Quelle importance, si Anne reste à soigner son neveu pendant que tout le monde part s’amuser ailleurs, ce n’est pas comme si on avait besoin d’elle et de toute façon, c’est aussi bien que ce soit elle qui reste au chevet du petit garçon plutôt que sa mère, qui, vu son état nerveux, ne serait d’aucune utilité ! Anne supporte cela avec douceur, gentillesse, sans même y accorder de l’importance. Elle mène une petite vie qui lui convient bien et n’a jamais oublié Frederick Wentworth… et quand il réapparaît dans sa vie, elle rougit, elle se pose des questions, elle cherche à décrypter ses moindres faits et gestes, comme une adolescente amoureuse. D’ailleurs, il est à noter que Persuasion est le seul roman de Jane Austen qui narre l’histoire entièrement vue par son héroïne. C’est pour cette raison que l’on peut avoir tous ces détails sur les pensées intimes d’Anne.

 

C’est vrai que le style que Jane Austen utilise est moins drôle, moins ironique que dans les autres romans qu’elle a écrits. Il est plus mature, très acerbe même, notamment quand il s’agit de critiquer Mary et son hypocondrie, son besoin permanent d’être l’objet de toutes les attentions, d’être la meilleure en tout, ou lorsqu’il s’agit de rapporter les propos que tiennent Sir Walter et Elisabeth, qui tous deux ne jurent que par Mrs Clay, une intrigante, qu’ils préfèrent avoir auprès d’eux plutôt qu’Anne. Mais en même temps, je pense que Persuasion doit être le seul roman qui contienne de vraies scènes romantiques. Anne rougit, baisse les yeux, est toute émue quand elle rencontre le capitaine Wentworth. Et cette lettre. LA lettre ! Quand arrive la fin du livre, je sais que le passage de la lettre approche. Je sais que Frederick (au diable les convenances, appelons-le par son petit nom) est assis à une table à côté d’Anne et qu’il entend tout ce qu’elle dit sur la constance des sentiments des femmes. Je sais qu’il est en train de lui écrire la plus belle lettre que la littérature ait jamais vue. Mon cœur commence alors à battre plus vite, plus fort. Je continue de lire, je suis la conversation, Frederick sort de la pièce et y revient sous un prétexte quelconque. Il donne sa lettre à Anne. Elle l’ouvre et la lit et là, je ne peux pas m’empêcher d’avoir les larmes aux yeux. Je ne suis pas capable d’exprimer ce que ce passage me fait ressentir à chaque fois. Tant d’émotions, est-ce possible ? Il semble bien que oui…

 

Et vous savez quoi, chers lecteurs ? Je rêve de lire le journal du capitaine Wentworth, écrit par Amanda Grange. Il semble assez difficile à trouver ici, en revanche, à mon grand désarroi (car vous pensez bien que je suis déjà allée voir si ma librairie l’avait en rayon- il va falloir que je le commande). Car le capitaine Wentworth est un personnage que j’aime beaucoup. Je le trouve assez charismatique, même s’il est loin d’avoir la prestance d’un Mr Darcy. C’est un self-made man. Sa fortune, il ne l’a pas héritée, il l’a gagnée à la sueur de son front. Il a de la personnalité, je trouve, des idées arrêtée, mais une grande douceur et une grande tendresse pour Anne, malgré le fait qu’il ait du mal à lui pardonner sa décision. Cela ne l’empêche pas de reconnaître ses qualités (c’est d’ailleurs le seul à reconnaître que l’avis d’Anne vaut la peine d’être demandé, que c’est une personne douce). C’est réellement un personnage que j’aime énormément !

 

En résumé, une fois encore, je reste muette devant le talent de Jane Austen, la finesse de ses analyses psychologiques, le regard que même malade et mourante, elle portait sur la société. Tous les grands discours sont inutiles, le livre parle de lui-même… il suffit de le lire pour être conquise.


(je viens d'acheter l'adaptation de la BBC, communément appelée Persuasion 1995...)

 

Edit suite au commentaire de Lou : Persuasion a été écrit en 1816, Jane est décédée en 1817 et le roman a été publié en 1818... toutes mes excuses!


  

Publié dans Autour de Jane Austen

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Commenter cet article

trillian 03/03/2009 10:21

oui je pense que c'est un peu pour ça que toute les fans de Jane Austen sont dingue de cette lettre!

Pimpi 04/03/2009 00:10


Tout à fait d'accord avec toi !! J'ai bien hâte de lire le livre d'Amanda Grange en tout cas !!!


trillian 02/03/2009 20:08

j'ai très envie de lire le journal du cpt wentworth aussi, j'aime bien ce personnage. C'est vrai que dans ce roman, il y a de vrai moment roùantique et pour une fois une déclaration pure et dure. D'habitude, les deux héros se retrouvent seuls et au moment où ils sont censer déclarer leurs amours et leurs sentiment, l'auteur prend le relais et nous fait une vague description de ce qu'ils se sont dis. Dans persuasion ce n'est pas encore un dialogue vivant entre les deux mais y'a une lettre c'est déjà une avancée en comparaison!

Pimpi 03/03/2009 00:14


Normalement, il devrait être sorti en anglais, ce journal, mais je ne l'ai pas encore vu en magasin... Je ne manquerai pas d'informer tout le monde le jour où je réussi à mettre la main dessus !!!

Il y a très peu de scènes romantiques dans Jane Austen en général et cette lettre est une des rares... on la savoure d'autant plus, n'est-ce pas???  


rory 13/02/2009 22:54

Mon favori d'Austen! As tu aimé l'adaptation?

Pimpi 14/02/2009 01:01


Je n'ai pas encore vu les deux adaptations que j'ai achetées (une de 1995 et une beaucoup plus récente) mais ça ne devrait plus tarder !!


Lou 08/01/2009 16:16

Ah oui j'ai oublié, tu as fait une petite erreur dans la date :) L'autre jour je n'ai pas fait mieux en me plantant de titre pour "La Métamorphose" de Kafka, c'est nettement pire !^^

Pimpi 08/01/2009 19:41


Erreur réparée, shame on me !!


Lou 08/01/2009 16:08

Je ne l'ai pas encore lu (eh oui, il me reste encore des Jane Austen à lire :)) mais j'ai lu avec beaucoup d'intérêt ce billet très complet... tant et si bien que je vais sortir tout à l'heure "Persuasion" de ma bibliothèque pour le feuilleter, voire le commencer même si j'ai au moins trois autres lectures à faire d'ici là. Quant aux adaptations de la BBC, j'ai fait une commande en Angleterre cette semaine, comme les prix y sont plus intéressants et que la Livre a beaucoup baissé... j'ai donc largement craqué, m'offrant notamment "Lost in Austen" et "Pride and Prejudice" avec Colin Firth... j'avais découvert Austen en 2006, puis je l'avais franchement négligée... j'espère lire tout ce que je n'ai pas encore lu d'elle en 2009 !

Pimpi 08/01/2009 19:40


Lost in Austen!! J'en rêve... le problème, c'est que je n'arrive pas à le trouver ici, au Québec. Et commander un livre ou un DVD en Angleterre coûterait beaucoup trop chers en frais d'envoi,
j'attendrai de revenir en France pour ça.
On va donc avoir des billets sur Jane sur son blog cette année alors ?? Chouette !