Saltarello – Matthieu Dhennin

Publié le par Pimpi

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Paris, XIV siècle. En pleine guerre de Cent Ans, le royaume de France est aux abois. Les Anglais sont aux portes de Paris. Le roi de France, Jean II, est retenu prisonnier à Londres. Un vent de révolte souffle avec violence dans les villes comme dans les campagnes, alors que la population se remet difficilement de la grande peste de 1348. Pendant ce temps, deux papes se querellent et s'excommunient mutuellement entre Rome et Avignon. Pourtant, dans ces circonstances douloureuses, la vie continue. Les arts renaissent, les sciences progressent, la prospérité revient. Alix Rougemont, jeune clerc mandaté pour le service funéraire de Nicole Oresme, s'aperçoit que le cercueil qu'il transporte au cimetière est vide. Soupçonnant un meurtre couvert par sa hiérarchie, il se lance, seul, dans une enquête qui nous plonge dans un Paris haut en couleur où se côtoient personnages fictifs et historiques. On découvre les fastes du duc de Berry, flamboyant mécène et protecteur des artistes. On croise Charles V au hasard d'un couloir du donjon de Vincennes ou de l'hôtel Saint-Paul. On entend, à la Sorbonne, les brillantes théories de Nicole Oresme, sans doute le plus grand penseur du Moyen Age. On fréquente la délicieuse poétesse Christine de Pizan. On hume les plats du célèbre cuisinier Taillevent, auteur du premier recueil de recettes. On suit les traces de l'intrigant Nicolas Flamel, le libraire soupçonné de pratiques alchimiques. Un saltarello jubilatoire et truculent qui entraîne le lecteur dans les rues boueuses de Paris à la recherche d'un mystérieux coupable...

 

 

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Avant toute chose, et parce que je suis partisane du principe selon lequel il faut rendre à César ce qui est à César, je souhaite remercier Caro[line] et Yueyin. La première pour m’avoir donné envie de lire ce roman par son billet des plus enthousiastes. Et la seconde pour me l’avoir envoyé de France alors que je désespérais de le voir enfin débarquer dans nos lointaines contrées (qui ne sont plus enneigées depuis bien longtemps, à mon grand désarroi).

 

Maintenant que ceci est fait, passons aux choses sérieuses.

 

Saltarello est un roman historique qui s’étale sur une quarantaine d’années, dans la seconde moitié du 14e siècle. Il y est question de plusieurs choses, mais surtout d’alchimie et de religion, de boucherie et d’enluminure. On y croise des noms bien connus, comme celui de Nicolas Flamel et des noms moins connus, peut-être même fictifs, tels que Haussecul (un personnage que j’ai beaucoup aimé, pour ma part). Il est question d’un homme d’église décédé, et des mœurs et des croyances de toute une époque. D’inquisition et de messes noires. De légendes et de vérités. Mais n’allez pas croire, comme le laisse penser la présentation de l’éditeur, que ce roman est un polar historique. Que nenni. Le thème principal est certes le décès d’un homme d’église, ce qui a conduit à ce décès et ce qui s’en est suivi, mais l’enquête sur ce décès en elle-même ne tient qu’une place très mineure dans le roman.

 

Saltarello révolutionne, si je puis dire, l’écriture du roman historique. Il se détache de tous les romans du genre que j’ai pu lire jusqu’à présent par une singulière absence de descriptions et d’exposé de la situation. Le lecteur est en quelque sorte livré à lui-même, ce qui est un peu déstabilisant, quand même.

 

Le roman s’ouvre sur une oraison funèbre, en 1380. Le lecteur comprend que le défunt, Nicole Oresme, était un homme d’église respecté et que son disciple, Alix de Rougemont, a des doutes quant à la mort de son maître. Le récit revient ensuite en arrière, et reprend l’histoire quelque vingt ans plus tôt, et se poursuit ensuite de chapitre en chapitre, de partie en partie, sur une période d’une quarantaine d’année, soit jusqu’en 1397, alternant les lieux, les personnages, les discussions, sans vraiment faire de lien apparent entre les chapitres. Les scènes se suivent (et ne se ressemblent pas) à un rythme assez rapide, emportant le lecteur dans un tourbillon de faits, véridiques ou pas, scientifiques, mystiques ou légendaires, de lieux, de personnages et de situations, certaines cocasses, d'autres sérieuses, d'autres encore grandioses, mais toutes importantes, même si elles n'en ont pas l'air au premier abord. L'auteur a fait le choix de ne quasiment rien expliquer, de ne rien présenter. Les dialogues seuls doivent donc suffire au lecteur pour décrypter la situation...

 

Ce choix de narration, que je peux tout à fait comprendre par ailleurs, produit un récit aux allures un peu décousues, qui m'a souvent perdue dans ses méandres. Sauf qu’il faut vraiment s’accrocher, car tout finit par devenir beaucoup plus clair et ça en vaut la peine.

 

J’ai bien aimé ce roman, chers lecteurs. Même si je ne peux pas dire que ça ait été un coup de cœur tel que ça l’a été pour Caroline. Je pense que je n’ai pas pu me débarrasser de cette sensation d’être perdue dans le roman. Et si, une fois la fin dévoilée, j’ai compris, accepté et approuvé le choix l'auteur quant à la forme de son récit, tout au long du roman, elle m’a quand même un peu dérangée et m’a empêchée d’entrer vraiment dans l’histoire. Car voyez-vous, ce que j’aime dans les romans historiques, ce sont toutes les descriptions de l’époque, des habitudes, des mœurs, des vêtements, des coutumes etc. J’aime qu’on m’explique qui est qui, qui fait quoi, qui est avec qui, pourquoi et comment. Bref, je suis un peu fainéante, je l'avoue, et j’aime bien quand l’auteur me mâche un peu le travail. Du coup, il me manquait quelque chose durant cette lecture. Surtout que je suis relativement peu familière avec cette époque de notre histoire, donc j’aurais aimé plus d’explications, en fait…

 

Mais malgré cela, c’est un roman que j’ai trouvé vraiment très érudit et qui a dû demander beaucoup de recherches à son auteur. L’histoire est extrêmement intéressante et le sujet général, l’alchimie, ses procédés, ses mystères, les croyances qui ont trait à cette science maudite, est réllement fascinant. J’ai beaucoup aimé le personnage de Haussecul, un boucher qui a son franc parler et qui a un langage des plus imagés, ainsi que Pernelle, la douce moitié Nicolas Flamel. J’ai beaucoup aimé les quelques revendications féministes que l’on rencontre au détour d’un chapitre, ainsi que les détails sur les matières utilisées pour les enluminures. Globalement, j’ai aimé tout le contenu de ce roman, c’est juste la forme qui m’a un peu gênée…

 

En bref, chers lecteurs, c’est un roman qui demande une seconde lecture, à la lumière des éclaircissements que nous apporte le dernier chapitre. Et dont, comme Caroline, je vous recommande chaudement la lecture !! Merci Caroline pour la découverte et merci Yueyin, avec qui j’ai lu ce roman dans le cadre d’une lecture commune !

 

(Titre original) Saltarello

Matthieu Dhennin

4 /5

Publié dans Romans historiques

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Commenter cet article

chiffonnette 24/03/2010 19:53


Oh non je ne lis pas ton billet aujourd'hui! Il est dans ma PAL prioritaire et tout prêt à me sauter entre les mains!


Pimpi 29/03/2010 18:58


Laisse-le sauter alors, il ne fait jamais réfreiner les élans d'un livre-sauteur! :D J'espère que tu aimeras!!!


Caro[line] 24/03/2010 12:22


De rien ! ;-) Et je sens bien que la façon de mener l'affaire t'a perturbé !!!!! :D


Pimpi 24/03/2010 13:23


Exactement, perturbée, c'est le mot!!! Mais je suis quand même contente de l'avoir lu et rien que pour voir ce que ça fait la seconde fois, je le relirai!


Karine :) 22/03/2010 19:52


Je suis très, très, très tentée... au contraire, j'aime être un peu "barouettée" et perdue dans un roman... Mais je sens que je vais vouloir l'avoir dans ma biblio alors je ne te demande pas de me
le prêter! :)


Pimpi 22/03/2010 20:14


Je pense en effet que ce serait plus ton style que le mien! Je ne te le prêterai pas, puisque tu ne veux pas de mon exemplaire!


Leiloona 20/03/2010 18:06


Malgré ton avis mitigé, le thème m'intéresse énormément ! Noté !


Pimpi 21/03/2010 17:23


En fait, mon avis n'est mitigé que sur la forme de la narration, sur le fond et sur l'histoire, le roman est excellent, donc tu as raison de le noter !!!


latite06 15/03/2010 17:12


Je le note, ca m'intrigue :-D


Pimpi 17/03/2010 13:42


Note, note, c'est un excellent roman!!